Je te quitte.
Oui, c’est à toi que je parle. Le réseau social sensé me rapprocher de mes amis ! Et puis toi aussi, le réseau social sensé me faire bien voir dans le monde du travail ! Ras le bol de montrer une version barbe à papa de la vie et de parler comme un robot corporate pour avoir une chance que mon post ne soit pas noyé dans la masse.
Débrancher
C’est un sacré tour de passe-passe que les réseaux nous ont fait, vous ne trouvez pas ? Utiliser notre envie de nous connecter aux autres pour nous faire perdre notre temps et notre capacité d’attention. De l’envie de partager, nous sommes passés à une consommation d’images incontrôlable, jusqu’à l’addiction. On y est entré avec la FOMO, on y est resté grâce à la recherche constante de dopamine.
Et que dire de la monétisation de notre besoin d’être vu ? Payer pour avoir l’impression d’exister ou risquer d’être noyé dans le flux…
J’ai pu anticiper ce changement de fonctionnement sur Facebook, quand 90 % de mon fil s’est transformé en publications suggérées. Sur Instagram, j’ai sauté les deux pieds dedans. Un meilleur algorithme, sans aucun doute. Moins de publications des gens que je connaissais, plus de remplissage distrayant… et toutes ces stories à consommer rapidement avant péremption !
Mon penchant addictif s’est mis à prospérer dans cette logique.
Dès qu’un instant d’ennui se profilait, il fallait jeter un œil au fil d’actualités ou aux dernières stories. Sans réfléchir, en réflexe pavlovien. Mon cerveau n’est pas stimulé : j’allume Instagram.
Le temps s’écoule différemment quand notre attention est accaparée par un zapping permanent. Avant de dormir, au réveil, aux toilettes, entre deux tâches au boulot, en attendant que son enfant finisse enfin de se laver les dents… Il faut remplir les temps morts. Et si on peut s’émouvoir en plus, c’est du bonus.
Pourtant, derrière cette illusion d’être occupé derrière son écran, se cache une forme d’isolement.
Le basculement n’est alors jamais loin : le moment où le besoin de connexion aux autres se mue en un besoin de déconnexion de la réalité. Quand, face aux frustrations du quotidien, à la solitude, aux épreuves difficiles, les reels viennent remplacer le réel. L’échappatoire devient un piège.
Maintenant que j’ai relégué mon smartphone au fond de mon sac, je me rends compte de la violence de cette rupture. Je vois quand la personne en face de moi est aspirée par son flux et que la communication est coupée. Même une demi-seconde, le temps de consulter un message.
A priori, l’intérêt de la conversation ou la situation ne sont pas en cause. À moins que je ne me pose les mauvaises questions…
Les micro-addictions aux réseaux ont un impact sur notre capacité d’attention. Écouter l’autre est déjà une discipline délicate (surtout pour les spécimens en mon genre). Décrocher régulièrement, même peu, rompt le fil qui s’était créé.
Sur ce sujet, je vous conseille d’ailleurs l’excellent livre de Sherry Turkle, “Reclaiming conversation”. Même s’il commence à dater et que l’usage des téléphones évoqués est pré-réseaux sociaux, le fond reste très actuel.
Se reconnecter
Cela faisait plus de dix ans que je postais sur Instagram. J’y ai partagé mes voyages, mes moments de poésie, la mort de mes chats, (un peu) ma vie de famille… et j’ai tout supprimé. Des centaines de publications. Table rase, on efface tout.
Cela a été un gros pincement au coeur. Comme si en supprimant ces images, je reniais mon passé.

Instagram 2013 – 2026 : des chats, des voyages et de la bouffe
(non présentée sur la photo)
Pourtant il a existé et les photos sont toujours là, bien rangées dans mon ordinateur. Mais les voir likées et commentées en rendaient certaines importantes à mes yeux. Elles témoignaient d’un lien entre les personnes qui ont interagi avec ces publications et l’expérience que j’ai vécue. Une forme d’approbation en somme.
Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit à l’origine, non ? Parler et écouter. Partager et se retrouver dans l’autre. Et à travers cela, se sentir validé. Avoir la confirmation que l’on est quelqu’un de bien et que l’on fait de bonnes choses.
Tout couper, c’était devoir chercher la validation que je n’ai jamais obtenue : la mienne. Merci le syndrôme de l’imposteur. C’est beau, non ? Arrêter les réseaux sociaux, la meilleure forme de thérapie ?
C’est bien tout ça mais… Et ce blog alors ?
Je fais la promotion de la confiance en soi retrouvée. Le fait d’être indépendante de l’avis des autres. La libération du bon vouloir des algorithmes. Sur un blog. Sur internet. Avec une section « commentaires » ouverte.
Complément folle, la meuf…
Sauf qu’ici, c’est un retour aux sources. Ce site ne rapporte de sous à personne (sauf peut-être mon hébergeur). Pas de sponsoring. Pas de course à la visibilité. Pas de volonté de popularité. Pas de deadlines.
Du partage pur et simple. Et tant pis si ce n’est pas lu.
Je suis une communicante créative. Une expression de la start-up nation pour dire « une bavarde qui bricole des trucs dans tous les sens ». Le silence doit être rempli. La feuille blanche gribouillée. Et c’est encore mieux quand la création peut être faite à plusieurs mains. Dans tous les cas, la passion doit être partagée.
Autant utiliser son petit coin de l’internet pour le faire en toute indépendance.
Fake news ?
Si vous me suiviez sur les réseaux, vous remarquerez que mes comptes existent toujours. C’est pieds et poings liés que je conserve deux comptes ouverts. Et croyez bien que je guette le moment où je pourrais enfin ne plus être le produit d’un système pourri jusqu’à la moëlle !
Il reste des gens que j’aime sur ces réseaux. De belles personnes qui postent encore des bribes de leurs vies et j’ai envie de savoir ce qu’elles traversent, de les encourager dans leurs projets et leurs épreuves, de me réjouir pour elles de leurs victoires… À mon rythme. Sans être collée à mon téléphone.
Nos vies sont bien remplies. De grandes et petites choses. De joies et de tristesses. Les partager est la base du lien humain. C’est ce qui nous permet de faire grandir notre empathie et notre envie de construire ensemble.
La valeur de ce que l’on vit, de ce que l’on ressent, ne se juge pas à notre production permanente ou au nombre de followers. Ce qui compte, après tout, c’est juste d’être là, dans toute notre splendeur imparfaite, et de nous retrouver ensemble.
Et si vous avez aussi votre petit coin de partage sur internet, n’hésitez pas à le mettre en commentaire pour que je vienne vous lire. Comme si on était en 2012. 😉
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Crédit photo : MarieX Martin sur Pixabay
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